Pour favoriser la relance de la biodiversité marine, une entreprise mauricienne a mis au point un procédé ayant déjà fait ses preuves dans d’autres régions du monde et lequel consiste à immerger des modules de récif artificiel. 

Bel Ombre est sorti il y a peu de la torpeur paisible caractérisant ces villages égrainés le long du littoral du Sud de Maurice. Les habitants ont pu assister à l’immersion de récifs artificiels par un engin de travaux publics effectuée en face de deux établissements hôteliers que sont Héritage Awali et Héritage Le Telfair. Depuis le mois d’août, 20 modules de récif artificiel ont été immergés à 1 m de profondeur. Objectif: ramener un maximum de vie, là où elle avait déserté. Ayant pleinement adhéré à cette initiative, les hôteliers de Bel Ombre ont financé cette opération à hauteur de Rs 1 million, bien conscients de ses retombées avantageuses, tant sur le plan environnemental, que sur celui de l’image de leurs établissements. La pose des modules a d’ailleurs été concomitante à leur réouverture après une période de fermeture pour travaux de rafraichissement.

Les 10 modules de récif artificiel immergés à Bel Ombre

« 50% du corail mauricien est déjà mort »

Alain Thévenau, patron de D.A.Y. Marine à qui l’on doit l’introduction des Protoreefs – avec Iain Watt conseiller scientifique marin et son équipe, totalement engagée -, rappelle les prévisions de la communauté scientifique: la mort de 75% du corail mondial d’ici à 2050. «Et après, c’est la grande inconnue», admet-il. L’Australie sur sa Grande barrière, les pays du golfe Persique ont pris des mesures pour «limiter la casse», en créant des massifs de récif artificiel sur leurs sites les plus atteints. «Le corail étant mort, les Protoreefs favorisent la relance de la biodiversité en offrant un habitat aux poissons. Mais plus l’environnement est dévasté, plus il est difficile de faire revenir toutes les espèces de corail souhaitées, on en aura tout au plus 4 à 5. Pour l’heure des jeunes pousse sont fixées sur les modules avec une colle spéciale. L’idéal serait d’en produire en bassin pour peupler les Protoreefs, mais ce n’est pour l’instant qu’une idée », relate t-il. De 2m de large, 75 cm de hauteur et pesant chacun au moins 1 tonne, les modules jouent aussi un rôle de protection contre l’érosion de la plage en contrôlant les courants marins. «C’est la société Lafarge de Lyon qui a mis au point le matériau du module en béton où les micro-fibres remplacent le fer ». Et pourquoi ne pas s’être servi de ce que donne généreusement la nature ici, en immergeant du basalte au lieu de pièces de béton peut-être une interrogation nourrie par tout à chacun… «Simplement parce que rien ne pousse sur le basalte, ce n’est pas faute d’avoir tenté », explique Alain Thévenau. 

A une tonne par pièce, il faut bien ce type d’engin pour les placer dans l’eau

Intérêt des autorités locales et des professionnels de l’hôtellerie

Quatre jours après avoir été immergés à Bel Ombre, les Protoreefs étaient déjà colonisés par 16 espèces de poissons et l’on observe en général des résultats optimaux au bout de 6 mois. Pour qu’un massif donne de bons résultats, le nombre de modules à immerger par site doit se situer entre 5 et 20. Cette première expérience de développement de biodiversité marine suscite déjà l’intérêt du gouvernement mauricien et du secteur privé, dont les groupes hôteliers. Les directeurs des établissements situés sur la plage de Flic en Flac se sont déjà montrés désireux d’appliquer de façon concertée ce qui a été fait à Bel Ombre. Sur ce site très fréquenté de la côte ouest de Maurice, l’immersion de récifs artificiels fera partie du lancement de la première phase du Masterplan de Flic en Flac – Etude sur l’aménagement du littoral et réhabilitation du vieux village -, porté par un collectif en devenir et pour lequel Alain Thévenau se place comme consultant technique. La pression humaine est telle sur le lagon que tout doit être mis en œuvre pour lui permettre de « respirer ». Les Protoreefs sont parmi les réponses réalisables et selon l’observation de l’évolution des prototypes de Bel Ombre, déjà porteurs de résultats encourageants. 

De la plongée en conditions extrêmes à la topographie de la barrière de corail

Le Mauricien Alain Thévenau est un sacré personnage, un incontournable pour tout ce qui touche de près ou de loin à la mer. Plongeur depuis toujours, le patron de D.A.Y Marine a rejoint La France à 19 ans où il est devenu plongeur, un métier dont il s’est servi pour parcourir le monde. Plongées de loisir certes, mais surtout plongées en conditions extrêmes dans le cadre de chantiers sous-marins avant de monter sa propre école de plongée, en Corse. De retour aux sources, il crée D.A.Y. Marine en 1992, entreprise spécialisée dans des travaux de création de plages, de dragage ou encore de solutions de lutte contre l’érosion… ect. Mais D.A.Y Marine est également connue pour ses relevés topographiques aériens par drone, service dont se montrent friands le gouvernement comme le secteur privé. Outre un rapport de précision inouï –  à 2,5 cm -, cette façon de cartographier le lagon permet d’achever en 10 jours, un travail fait à la traditionnelle sur 5 mois. Les photos aériennes font en outre la preuve implacable du terrain.

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