La co-fondatrice et directrice de projet du mouvement Porlwi a transformé son amour de la culture en élan réfléchi et construit. Au seuil de livrer la programmation définitive de la troisième édition du festival qui animera la capitale du 29 novembre au 3 décembre, elle revient sur sa rencontre décisive avec l’art, qui de contenue entre les murs, a fini par la positionner comme ardent défenseur d’une culture pour tous, en gagnant les rues.

Si Astrid Dalais porte un patronyme que l’on ne présente plus, le prénom en revanche aux résonances douces et énergiques racontent avec justesse la personnalité d’une Mauricienne mue par la volonté de conduire à bon port son cheval de bataille: l’art dans la rue et à portée de tous. Tout a démarré autour des saveurs culinaires de son enfance, aux côtés d’une mère créative et placée aujourd’hui au sommet de son art, celui de la gastronomie. Devenue jeune femme, ses premiers pas dans la vie active la portent vers l’hôtellerie. Elle officie à la tête de départements communication successifs, dont celui du groupe Naïade d’alors – devenu LUX* – où journalistes, photographes, vidéastes et graphistes côtoyés de façon permanente, « m’ont fait apprécié la mise en valeur de la beauté ».

 

Adieu hôtellerie, bienvenue culture

Une découverte qu’elle approfondit ensuite en France, à l’hôtel Hyatt Park Paris Vendôme, où la valorisation de la création parisienne est la signature de l’établissement. Conçu par Ed Tuttle avec la galerie Théa Spyer, l’hôtel a été agencé en pensant au placement des œuvres d’art. Un univers ayant favorisé une multiplicité de contacts avec les artistes et une appréhension plus fine de l’art contemporain qui a profité à enrichir ses connaissances. Mais c’est sa rencontre avec celui qui deviendra son mari, le danseur professionnel Guillaume Jauffret, à la fois son partenaire dans la vie et son alter ego dans sa démarche citoyenne qui va définitivement la faire basculer dans le seul camp de l’art.

L’art, la culture sont perçus comme une ouverture, une échappatoire et cette nouvelle perception de la vie peut être déterminante chez un jeune être

« Grâce à Guillaume, je me suis ouverte à des formes d’expression encore peu approchées, en allant voir des ballets, écouter des opéras et j’ai découvert que le spectacle vivant pouvait procurer des émotions aussi fortes que celles causées par la communion avec la nature », relate t-elle. Pour celle qui marchait pieds nus enfant, et qui enserre toujours le tronc des arbres de ses bras, la nature revêt une importance particulière dans son quotidien – avec un bureau planté au milieu d’un immense jardin, à l’ombre d’arbres centenaires – et dans la sphère collective, en faisant de la nature, le concept phare du prochain évènement culturel port-louisien.

 

Espaces en friche en quête de transformation

Apport d’esthétisme et d’oxygène, espace de repos et de rencontres, la nature doit davantage investir la ville et y être préservée de façon durable, appuie t-elle. Car Port-Louis dans sa forme actuelle réserve de nombreux espaces susceptibles d’être transformés en espaces communautaires, des jardins mais aussi des potagers à l’image des grandes ca
pitales du monde. « Lorsque Guillaume et moi avions décidé de revenir à Maurice, nous voulions habiter à Port-Louis, mais pas dans son état actuel ». Est-ce dire que Porlwi serait une façon d’apporter sa pierre dans l’édification d’une ville nouvelle qui ferait la part belle à la culture et à la nature? « Nous avons fait le constat d’une réalité qui restait perfectible avec le désir de nous associer à la construction d’un pays, à terme culturellement accompli », acquiesce t-elle. Élevée sur un socle de valeurs prônant le respect et l’amour de soi et des autres, la mise du cœur à l’ouvrage, le libre arbitre et le dépassement des barrières, Astrid qui dévoile ses 39 ans élève son fils de 5 ans dans la même veine, « avec le désir profond qu’il fasse plus tard ses choix en tant que personne libre de faire ce qu’elle veut ».

 

Eduquer aux arts dans les écoles

Etre mère l’a certainement aidée à mettre le doigt sur l’importance de l’éducation pour l’évolution des mentalités. Répondant à cette logique, des initiatives éducatives se font auprès d’enfants du primaire et du secondaire, car « c’est à cet âge que les formes d’art, la culture sont perçues comme une ouverture, une échappatoire et cette nouvelle perception de la vie peut être déterminante chez un jeune être». Porlwi a développé avec IBL, PL Lab, un concept visant cet objectif. Il se base sur le montage d’ateliers qui fédèrent les jeunes autour du street art, du mime ou de toute autre forme d’expression artistique et sur la collaboration avec les professeurs « où ils apprennent ce qu’est le processus artistique». Non seulement les enfants, mais les parents demandent à être éduqués aux arts, considérés par beaucoup comme peu importants, par manque d’intérêt ou simple méconnaissance. « Ils craignent la planète artistique », résume Astrid, et la mission de Porlwi vise à démontrer que l’on peut vivre de la culture, devant être perçue comme un pan de l’économie d’un pays. « Pour preuve, Porlwi fonctionne à quatre mois du festival avec 25 personnes et avec 1500 à l’instant T », tient-elle à rappeler. Quel autre meilleur moyen que rendre la culture plus proche de la majorité en l’associant à la rue et frapper ainsi le collectif sur son importance dans la construction d’une identité nationale..

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