Venu à Maurice en 1990, pour y étudier les possibilités d’implantation d’une célèbre banque d’affaires, Adrian Wehrli n’est jamais reparti. Nommé « consul général honoraire de la Confédération Helvétique », cet expert-comptable de profession a une conviction: la Suisse et Maurice peuvent aller plus loin dans leurs relations! 

Le regard franc et le sourire facile, Monsieur le Consul honoraire s’est montré ravi de notre intérêt. «La Suisse, explique-t-il d’emblée, compte huit millions d’habitants et se situe dans un environnement marqué par la présence de pays beaucoup plus grands. L’île Maurice compte un million trois cents mille citoyens et fait face à des géants régionaux. Nous n’avons pas de ressources naturelles, l’Ile Maurice non plus. Nous sommes un pays neutre et pacifique, l’Ile Maurice également. Notre tissu économique repose essentiellement sur les PME…c’est aussi le cas ici! Vous voyez, déclare Adrian Wehrli avec amusement, nous avons beaucoup plus de points communs que l’on pourrait le penser à première vue!» Mais au-delà de ces similitudes apparentes, notre interlocuteur, qui œuvre, depuis longtemps, au rapprochement des deux Etats, reste un observateur lucide.

Maurice a son ambassade en Suisse depuis plus d’un an

«Parmi les points forts de nos relations bilatérales, tient-il à préciser, il faut se souvenir que la Suisse fait partie des quelques Etats qui ont noué des relations diplomatiques avec Maurice dès l’accession de l’île à l’indépendance, en 1968. Nous sommes donc un partenaire ancien et constant de la République de Maurice. De plus, depuis un peu plus d’un an, Maurice a une ambassade en Suisse! Mais il est vrai que nos actions locales, au titre de l’aide au développement ce sont considérablement réduites ces dernières années, et pour une raison bien simple, c’est que l’île a atteint un niveau de développement intermédiaire qui ne la place plus parmi les pays prioritaires dans nos objectifs d’assistance. Et j’ajouterais même que, dans le futur, avec la poursuite de la hausse du revenu par habitant, l’aide de la Suisse à Maurice devrait encore se réduire… Cela peut paraître inquiétant, reconnait le Consul honoraire, mais je crois, au contraire que c’est le signe que nos relations évoluent, pour passer de l’aide à la coopération.»

Une importante délégation d’hommes d’affaires suisses bientôt ici

Et Adrian Wehrli, que sa profession d’expert-comptable maintient en contact étroit avec le monde des entreprises, est convaincu que c’est à ce niveau que les rapprochements les plus étroits sont envisageables. «Notre ambassadrice, qui est basée en Afrique du Sud, viendra à Maurice dans quelques semaines, accompagnée d’une importante délégation d’hommes d’affaires suisses. Ce type de rencontres est essentiel car il permet de dépasser certains freins psychologiques. Traditionnellement, et malgré les réussites spectaculaires de quelques grands groupes, comme Nestlé, l’entrepreneur suisse n’est pas très aventureux. Il est, généralement, à la tête d’une P.M.E. et quand il éprouve le besoin de se développer à l’international, c’est d’abord en direction de l’Europe. Plus loin, et notamment vers l’Afrique, s’ouvre un monde qu’il connaît mal et qu’il perçoit souvent comme instable, dangereux. C’est d’abord contre cette perception qu’il faut lutter. Mon action se situe souvent à ce niveau. Oui, Maurice est rattachée au continent africain, mais c’est un état de droit, politiquement stable, avec des infrastructures solides et efficaces, et qui a pris des engagements forts pour faciliter l’implantation des investisseurs étran-gers, en garantissant la protection des investissements. De plus, et malgré sa petite taille, l’île Maurice est un hub possible vers l’Afrique, grâce aux accords conclus au sein d’institutions régionales comme la S.A.D.C. ou le COMESA. Enfin, Maurice n’est pas seulement une destination touristique: on peut travailler ici, et pas seulement siroter un cocktail sur la plage! Cette réalité commence à être entendue par d’importants acteurs économiques suisses et des contacts prometteurs sont établis.» D’autant que les incertitudes qui pèsent sur l’Afrique du Sud pourraient bien affaiblir son image de pivot régional incontournable…

En guise de conclusion, Adrian Wehrli tient très justement à attirer notre attention sur un point qui aurait pu nous échapper: «Du chocolat aux services de certification des entreprises, en passant par l’industrie pharmaceutique, les produits suisses ont toujours été présents à Maurice!»

 

Les pistes de l’apprentissage et du secteur médical

Au cours de notre entretien, Monsieur le Consul a insisté sur la réussite de la formation de la main d’œuvre, en Suisse comme à Maurice. Et ce secteur de la formation professionnelle lui parait être un axe de coopération possible. «Le modèle de l’apprentissage, qui est très développé en Suisse, a donné d’excellents résultats, avec un chômage faible, des jeunes qui trouvent facilement un emploi et des travailleurs manuels qui ont aussi une formation académique convenable, qui leur permet de faire face à toutes les situations. Je crois que ce type de système de formation pourrait être mis en place ici. Il donnerait aux ouvriers et travailleurs mauriciens une plus grande capacité d’évolution… Malheureusement, cela à un coût important. C’est donc un vrai choix politique… qui n’est pas de notre ressort.»Autre piste possible de coopération entre Maurice et la Suisse, le secteur médical pourrait connaitre un développement important. Pour la seconde fois, les représentants du laboratoire Novartis seront bientôt présents à Maurice, signe d’un intérêt évident pour notre île. «Ce n’est certainement pas le marché intérieur qui peut intéresser ici, explique le Consul honoraire, mais faire de la recherche à Maurice peut avoir du sens… comme on peut aussi se servir de l’île comme une plateforme pour la distribution régionale. Enfin, le tourisme médical, même s’il est encore peu développé ici, pourrait intéresser des partenaires suisses.»

 

Les Suisses à Maurice

Le consulat a enregistré 750 citoyens de la Confédération Helvétique vivant à Maurice (mais ils peuvent être plus nombreux) et les autorités locales ont constaté, l’année dernière, la venue de 35 000 touristes détenteurs d’un passeport suisse.

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