Longtemps dévalorisés, les savoirs traditionnels ayant une portée thérapeutique profitent, depuis quelques années, d’une nouvelle perception du monde médical. Symbole de cette ouverture, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) incite vivement les Etats qui ont adhéré à ses statuts à inclure les pratiques traditionnelles dans les parcours de soin. 

Depuis près de vingt ans, l’OMS saisit chaque opportunité de promouvoir les savoirs ancestraux trop longtemps méprisés par les tenants d’une médecine exclusivement  «scientifique». Une évolution spectaculaire, pour une institution qui a grandement contribué à uniformiser les pratiques médicales sur toute la surface du globe…

Après la «Déclaration de Beijing» et celle d’Alma Ata, l’OMS a donc publié une série de recommandations (facultatives), puis de résolutions (s’imposant aux Etats membres) visant à faciliter l’intégration des médecines traditionnelles dans les systèmes de santé nationaux. Le dernier plan prévoit que cette intégration doit être effectivement accomplie, au plus tard en 2023!

La tradition ayurvédique ne souffre plus d’aucune contestation.

 

Qu’est ce que le«tradipraticien»

Mais la prise de telles résolutions ne gomme pas les obstacles. Confrontée à la difficulté de nommer les dépositaires de ces savoirs empiriques, l’Organisation a opté pour le terme de «tradipraticien». Ce mot a le mérite d’indiquer que la personne concernée pratique des soins (comme tous les autres «praticiens» de la santé : médecins, infirmiers, kinés, etc..) et que son savoir est hérité d’une tradition. Pour autant, cette dénomination judicieuse ne suffit pas à lever toutes les ambiguïtés… L’OMS ne dit pas expressément, par exemple, quelles sont les «traditions» acceptables… ni comment évaluer les compétences de celui qui va délivrer la médication ou accomplir les gestes traditionnels…

Pour cette organisation internationale, cela n’est pas de sa responsabilité. Selon l’OMS, il incombe à chaque Etat de déterminer les traditions qu’il valide, à s’assurer de l’innocuité des soins donnés, d’évaluer leur efficacité, d’intégrer (ou pas) les tradipraticiens dans un processus de certification et d’établir la collaboration entre les différentes approches thérapeutiques…

Cette grande liberté laissée à chaque Etat, génère, évidemment, des situations très différentes. Si, en Chine ou en Inde, par exemple, pays où des médecines millénaires sont validées depuis longtemps par les autorités, la place du tradipraticien est confortable. Tel n’est pas forcément le cas ailleurs. Dans de nombreux pays d’Afrique Noire, par exemple, le tradipraticien est parfaitement intégré par la société… mais pas par les autorités civiles et médicales.

De très anciens traités médicaux chinois attestent de la validité de cette tradition.

 

l’OMS s’engage en faveur d’une communauté médicale globale

En Europe, le règne sans partage du positivisme, cette doctrine qui ne voyait de progrès possible que dans la science, a longtemps contribué à écarter avec mépris toute forme de connaissance thérapeutique traditionnelle… Le «guérisseur», parfois regardé comme un sorcier, n’avait pas sa place dans une médecine «moderne»!

L’engagement, récent mais massif, de l’OMS en faveur d’une meilleure cohésion de tous les acteurs de la santé laisse entrevoir une véritable révolution: celle d’une communauté médicale enfin seulement soucieuse de la guérison du patient, sans écarter tous les secours possibles.

 

Un atout touristique possible

La vogue des spas, à l’ambiance si reposante, et aux soins exotiques, semble avoir préparé les voyageurs à la découverte d’autres pratiques. C’est en tout cas l’avis de quelques professionnels du tourisme qui, dit-on, élaboreraient une offre de tourisme médical alternatif. Plutôt que de proposer, comme le fait, par exemple la Tunisie, les mêmes opérations chirurgicales qu’en Europe, mais à prix cassés… avec les risques que cela représente… la stratégie choisie consisterait à proposer, à Maurice, des centres de soins luxueux, où opéreraient des tradipraticiens réputés venus de Chine et d’Inde! Encore exposée nulle part, cette conception profiterait de plusieurs atouts indéniables: l’image de Maurice, la facile reconversion de la plupart des spas existants et, bien évidemment, l’accès à l’hôtellerie de luxe qui permettrait de proposer d’alléchants «packages» combinant vol, hébergement et soins. 

 

Maurice plutôt bien placée

Ce n’est pas à notre Présidente de la République, Madame Aminah Gurib-Fakim qui s’étonnerait du nouvel intérêt dont profitent les méthodes traditionnelles de soin du monde entier: ses travaux scientifiques ont largement contribué à enrichir l’inventaire des plantes médicinales locales et à valider ce que l’on avait souvent tendance à vite qualifier de «recette de vieille femme». Et il faut d’ailleurs bien reconnaître que notre petite île a, depuis longtemps, su accorder une place importante à deux médecines ancestrales: la médecine traditionnelle chinoise et les traitements et massages ayurvédiques. Le système de santé publique de la République de Maurice comporte d’ailleurs des «ayurveda clinics», auxquels viennent s’ajouter des centres privés. La médecine chinoise est, également très bien représentée. Le 08 mars dernier, la City Clinic de Plaine Verte,  à Port-Louis, signait d’ailleurs un partenariat avec la Shanghai University of Traditional Chinese Medicine, en vue de former des médecins mauriciens.Pour autant, la situation locale n’est pas sans ambiguïté… En effet, si l’on comprend bien que les traditions plusieurs fois millénaires de l’Inde et de la Chine ont pu trouver leur place sans grande difficulté dans notre culture médicale, on peut s’interroger sur la quasi-absence d’autres pratiques! La reconnaissance scientifique accordée à la pharmacopée naturelle de notre île ne s’est pas encore traduite concrètement dans les cabinets médicaux ou les hôpitaux, et les «tisaniers» n’ont pas quitté le bazar pour entrer à la faculté.

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