À Anse Quittor, près de l’aéroport, il est un endroit indiqué pour y caler une journée de son programme vacances. Ici, dix-neuf hectares ont été réservés à la réintroduction de végétation endémique et des tortues géantes. Ces douces bêtes qui sont l’attraction première du site guident les visiteurs vers les fascinantes structures des grottes. 

«Est-il possible pour un arbre d’avoir deux types de feuilles… » Le dynamique guide de La Réserve François Leguat interpelle les visiteurs. Tenant le mince tronc du bois d’olive, il nous explique que l’arbre est hétérophile, soit, à feuillages divers. À force de voir ses feuilles broutées, le bois d’olive, autrefois, devint en danger de disparation. C’est alors que l’arbre a développé un moyen d’autodéfense en produisant des feuilles toxiques à hauteur de 1m 20, la hauteur même que pouvaient atteindre les tortues en surélevant le cou.

Cette réserve a demandé des années d’efforts pour sa création. « Là où les occupants du passé ont tout détruit, la réserve  à travers ses objectifs fait tout pour réparer et rétablir l’équilibre de la nature. Je reste émerveillé face à ce travail. Jadis, il n’y avait pas autant de plantes et les tortues n’existaient pas. C’est un travail remarquable que d’autres pays doivent répliquer.», selon la Russe Svetlana Gogoleva.

Svetlana, Sarah et Patty au travail

Lors de la visite, vous pouvez admirer des tortues broutant librement au milieu de la végétation endémique. Affectueuses et accueillantes, elles délaisseront leur activité pour vous saluer. Elles vont même allonger leur cou en signe de confiance et en quête de câlins. « Je n’aurais jamais pu imaginer que les tortues pouvaient être aussi affectueuses. J’ai du mal à croire que les gens puissent leur vouloir du mal » relate Samantha Ruys.

Si en 2005 la tortue baptisée Foetidia était la seule à profiter de l’espace à la réserve, en 2006, 555 autres spécimens en provenance de Madagascar et des Seychelles sont venus les rejoindre. À ce jour, la réserve compte 3480 tortues classées en trois familles, dont 1684 de l’espèce Radiata (Madagascar), 1229 Aldabra (Seychelles) et une nouvelle venue introduite il y a deux ans, l’Angonoka.

Après les tortues, armez-vous de courage pour visiter la grotte. Le guide énonce alors quelques consignes: ne rien manger, ni rien toucher à l’intérieur au risque d’altérer la formation des stalagmites. « Le premier qui ouvre la porte doit garder le mot magique jusqu’à la fin de la visite. C’est la clé pour pouvoir sortir de cette grotte… » C’est le début d’une visite instructive jalonnée de blagues.

Au moyen de sa torche, le guide propose de deviner les différentes formes des stalactites « un crocodile! », « Des “ourit sek” », s’amusent à répondre les visiteurs. Au terme de la visite, avant la sortie, une formation avec une croix naturellement entaillée fait penser à la mitre du pape. Plus loin, le gardien de la grotte à deux faces jugera s’il vous va sortir de là ou pas…

Entrée de la grotte

 

Un volontariat local et international pour atteindre les objectifs

La réserve de François Leguat accueille souvent des volontaires. Aussi bien Rodriguais qu’étrangers, ils apportent leur contribution pour aider la réserve à atteindre son objectif. La moscovite Svetlana Gogoleva, l’Allemande Sarah Emmerich et la Néerlandaise Patty Doankwok sont dans l’ile sur une base volontaire pour aider au comptage, à la pesée et la mesure des tortues. Chacun peut d’ailleurs soutenir la réserve en parrainant une tortue sur un an, contre une somme d’argent. La réserve est aussi un modèle de réintégration d’espèces endémiques et indigènes de Rodrigues. 186,000 plants ont déjà pris racine grâce à l’aide des volontaires avec l’objectif d’atteindre les 300,000 pièces d’ici 2019.

 

François Leguat, le Robinson de Rodrigues

Etonnant destin, que celui de François Leguat. Protestant français de petite noblesse campagnarde, il se réfugie aux Pays-Bas, après que Louis XIV ait révoqué l’Edit de Nantes – le texte qui garantissait la liberté de culte aux huguenots français. Là, en 1689, il est choisi pour diriger une expédition visant à prendre le contrôle de l’Ile Bourbon – La Réunion – et à y instaurer une république protestante et égalitaire… Mais le financement du projet ne permet que d’enrôler neuf autres pionniers… Une troupe bien maigre pour s’emparer d’une île que l’on sait déjà contrôlée par les Français! Aussi, lorsque la frégate L’Hirondelle, sur laquelle voyagent les dix huguenots, arrive en vue des côtes de l’île, son capitaine préfère-t-il changer de cap et déposer, presque de force, Leguat et sa troupe sur la plus petite des Mascareignes : Rodrigues…

Pendant deux ans, ces presque naufragés vont vivre des ressources, abondantes, de l’île. Mais l’atmosphère est lourde: jeunes, les compagnons de Leguat veulent quitter cette île sans femme. Après une première tentative malheureuse, qui provoque la noyade de l’un des aventuriers, ils parviennent enfin à rejoindre l’île Maurice, sur une pirogue de leur construction.

Leur périple n’est pas fini pour autant. Soupçonnés d’espionnage au bénéfice des Français et accusés de contrebande d’ambre gris, Leguat et ses compagnons  passent encore deux ans sous surveillance, sur l’île de la Passe, un rocher aride, battu par l’océan… Un navire hollandais les amène enfin à Java, mais ils mettront encore quatre ans avant de regagner l’Europe.

Leguat pubiera en 1707, à Londres et Amsterdam, le récit de ses aventures. Douze ans avant le célèbre Robinson Crusoé de Daniel Defoe, ce livre connaîtra un incroyable succès. Il est, aussi, le plus complet catalogue naturaliste décrivant l’île Rodrigues avant son peuplement.

François Leguat est mort, à Londres, en 1735, à l’âge de 96 ans!

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