Du pré-primaire aux études supérieures, l’Ile Maurice propose un panel particulièrement vaste de systèmes d’éducation. Cette diversité reflète, évidemment, celle de la population mauricienne, dans ses origines et ses traditions. Choisir un établissement scolaire pour ses enfants, à Maurice, revient donc, avant tout, à définir les principes auxquels on se sent attaché, et donc à se définir soi-même. La langue constituera, sans doute, le premier critère de choix.

L’histoire a établi, ici, la prédominance de l’anglais, langue officielle de l’île. C’est donc dans cette langue que s’effectue l’enseignement dans les établissements publics, c’est-à-dire ceux relevant directement de l’autorité de l’Etat mauricien.

Ce système national d’enseignement, gratuit et obligatoire depuis l’indépendance, fait désormais l’objet de nombreuses critiques. Malgré la grande diversité des établissements qui le composent, des écoles classées ZEP – Zone d’Education Prioritaire – aux « Five stars collèges » – les collèges cinq étoiles -, il est souvent décrit comme formant des
« élèves-robots », axés sur la performance quantitative et le « par cœur». En effet, la pratique de l’enseignement semble, ici, avoir du mal à se défaire d’une tradition autoritaire qui ne favorise pas le questionnement et la réflexion autonomes de l’élève…

Des élèves de l’école ZEP Serge Coutet, à Baie du Tombeau, lors du passage du Père Noël.

Après sa récente visite dans un collège réputé, l’écrivaine Nathacha Appanah, a ainsi jugé que les élèves qu’elle avait rencontrés manquaient de culture et d’ouverture d’esprit, ne montrant d’intérêt pour la littérature, que dans les limites étroites du programme des examens! Ces critiques, récurrentes, sont, en grande partie, fondées. Et il est certain que l’autonomie intellectuelle et l’épanouissement personnel des élèves ne sont pas les objectifs premiers d’un système façonné pour répondre aux exigences d’une course à la bourse particulièrement sélective! Toutefois, il faut reconnaître à l’enseignement public mauricien le mérite d’avoir formé efficacement, au cours des cinquante dernières années, la main d’œuvre et les spécialistes grâce auxquels le pays a pu réaliser quelques belles réussites économiques, du tourisme aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.

 

« Un libre arbitre peu encouragé »

Véronique, cadre supérieure, a fait ses études dans le système mauricien, avant de partir pour une université française.

Parallèlement au système gouvernemental, un grand nombre d’établissements privés, mais ayant accepté de se plier aux programmes nationaux, proposent des formules alternatives. La plupart se réfèrent à des valeurs spirituelles ou religieuses clairement affichées, comme les écoles et collèges du Bureau de l’Education Catholique, ou ceux affiliés aux autres grandes religions pratiquées sur l’île. Cadre de l’industrie et ancienne élève de la filière de l’enseignement catholique, Véronique a pourtant fait le choix de ne pas y inscrire ses enfants. « Je garde d’assez bons souvenirs de ma scolarité, reconnaît-elle, mais, avec le recul, je suis bien obligée d’admettre que l’on ne nous encourageait pas beaucoup à exercer notre libre arbitre. Je pense que deux facteurs m’ont grandement aidée pour la suite de mes études, dans les universités françaises: d’abord, une maman qui était elle-même institutrice, de culture française, et qui tenait la littérature en très haute estime; ensuite, les cours de l’Alliance Française qui, bien au-delà de la seule maîtrise de la langue, nous incitaient à exprimer nos opinions personnelles! » Lauréate d’une bourse française, Véronique a ensuite accompli un parcours universitaire exemplaire, décrochant sans difficulté un diplôme de Troisième cycle.

 

« Nos condisciples français étaient habitués eux, à analyser »

Avec lucidité, elle formule l’analyse suivante: « Je crois que, dans une certaine mesure, nous, les étudiants mauriciens, étions très performants dans les deux premières années du système universitaire français… Même si ce n’est pas clairement formulé, ces deux ans servent à effectuer une sélection…et ça, ici, on connait. Donc, le gros travail d’acquisition des bases qu’il fallait fournir pendant ces premiers semestres de faculté ne nous effrayaient pas. Il était d’ailleurs fréquent, à ce niveau, de trouver des étudiants mauriciens parmi les mieux notés! Inversement, à partir de la troisième année, la simple restitution des connaissances ne suffisait plus… Et là, il est certain que nous étions plutôt moins bien armés que nos condisciples français qui, eux, étaient habitués, depuis l’enfance à  comprendre, analyser et, éventuellement, contester ce qu’ils apprenaient… Ce qui était impensable dans notre système. Beaucoup d’entre nous ont d’ailleurs dû s’arrêter là. »

Serge et son fils, Lynton, élève de la seule école Montessori de Maurice.

Serge est un ancien pompier de Paris. Etabli à Maurice, où il s’est remarié, ce français de père congolais avait initialement choisi d’inscrire son fils dans une école appliquant le système mauricien. « D’abord, explique-t-il, parce que mon épouse a d’autres enfants et que nous souhaitions qu’il n’y ait pas de différences. Ensuite parce que le fait de pratiquer l’anglais, alors que le français est la langue de la famille, me paraissait être une chance supplémentaire… Enfin, mais je reconnais que, dans mon cas, c’était un critère important, je voulais que mon fils soit éduqué au milieu d’enfants d’origines diverses et de différentes couleurs! » Mais l’expérience a tourné court: « Lynton était mal dans sa peau, se renfermait sur lui-même. Petit à petit, on a compris ce qui ne marchait pas. A la maison les enfants jouissent d’une grande liberté et les interdits sont clairement expliqués. A l’école, Lynton était confronté à un système autoritaire, où l’enfant semble avoir beaucoup de devoirs, mais bien peu de droits… »

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