Après Mahé de La Bourdonnais, Saint-Malo s’établit comme pourvoyeur d’hommes forts de l’Île de France d’alors, en accueillant par une froide nuit de décembre 1773, un nourrisson qui deviendra légende des mers: Robert Surcouf! Dès l’adolescence, l’élève haineux des pupitres se rêve homme d’action et s’embarque comme apprenti-navigant. Une histoire d’amour maritime d’un mousse progressant les échelons à vitesse grand nœud débute. « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme, tatatin! » paraît-il… 

Dès la fin du XVIIIème, l’océan Indien devient le terrain de chasse favori de Surcouf. Le canal de Suez encore imaginaire, le contournement de l’Afrique est nécessaire: Atlantique nord, puis côte occidentale africaine et dépassement du cap de Bonne Espérance sont au menu. Enfin, l’océan Indien s’offre à son navire qui mouillera dans son port d’attache que sont les eaux de l’Île de France.

Titulaire d’une lettre de marque à la faveur du roi, son statut permet un pillage légal, une partie des prises lui revenant de plein droit. Surcouf n’est donc plus pirate mais corsaire. Il sème désormais la terreur parmi les sujets de la Couronne d’Angleterre et s’élance à l’assaut de nombreux navires britanniques. Tout y passe: embarcations marchandes, bateaux négriers et vaisseaux de guerre. La route des Indes devient périlleuse. Des côtes de l’Île de France au Golfe du Bengale, ce marin ne parait jamais rassasié de victoires. Même en sous-effectifs et face à des navires parfois cinq fois plus nombreux, Robert Surcouf demeure imbattable et insaisissable.

La prise du Kent met sa tête à prix

Octobre 1800 témoigne du théâtre de sa plus belle mise en pièces! Les flots ont remplacé les planches mais les acteurs sont prêts à entrer en scène. Les alizés perçoivent, toutes voiles dehors, un navire français répondant au nom prophétique de La Confiance. Et celle-ci est impérative lorsque l’assaut du Kent de la Royal Navy est ordonné. Pour une fois la taille compte et c’est le Kent qui brille par sa supériorité, avec ses quatre cents hommes – soit le double de l’équipage français – et des navires en soutien. C’est une cote d’un contre quatre que Robert Surcouf et ses courageux marins s’apprêtent à affronter.

Si La Confiance cumule les déficits, sa maniabilité en fait un redoutable adversaire. Le lourd vaisseau de la Couronne ne peut manœuvrer aisément et Robert Surcouf utilise cette faille. Puis l’abordage est prononcé et les Français s’acharnent avec ferveur sur les Anglais. Les épées fendent l’air, des soldats fuient et plongent dans un océan rougi de victimes. Pire, les marins une fois tombés en mer finissent écrasés entre les deux coques au gré de la houle. Trois heures plus tard, Surcouf s’empare du Kent et l’Angleterre met sa tête à prix.

Un officier Anglais captif l’interpella: «Vous autres Français combattez pour l’argent, alors que nous, Anglais, combattons pour l’honneur! ». Ce à quoi le roi des corsaires lui répondit sur une note mêlant l’arrogance à l’humour: « Chacun se bat pour ce qui lui manque … ».

La légion d’honneur des mains de Bonaparte

1801 est l’année où Saint-Malo voit l’enfant du pays rentrer au port. Il se marie, devient père et s’empâte. Mais la retraite ne semble pas lui convenir et le sacre de Napoléon Bonaparte en décembre 1804 sonne le retour aux affaires. Surcouf en tant qu’égérie de la réussite « Made in France » reçoit de la main de l’empereur une de ses inventions, la légion d’honneur.

De ses plans de marin éprouvé, un autre vaisseau de guerre est construit en 1807 et retentit telle une promesse en se faisant baptiser Le Revenant! Les embruns de l’océan Indien l’appellent. Du Mozambique à Java, horreur, Surcouf est revenu! La défaite française de Trafalgar de 1805 semble, du moins partiellement, vengée grâce aux prises du malouin.

En 1813, le vieil homme et la mer se séparent définitivement. Une cohabitation fructueuse où quarante-sept prises de guerre ont été relevées, chacune garantissant sa réputation et sa fortune. Devenu armateur jusqu’à la fin de sa vie, le marin se révélera aussi bon homme d’affaires que corsaire. Les Anglais patientèrent jusqu’en 1827 afin de voir leur épouvantail passer l’arme à gauche à cinquante-trois ans.

Seule la statue du marin, exposée à Saint-Malo, rappelle son souvenir. Un bronze où Surcouf, un bras tendu tel un étendard indique le chemin, paré de sa rutilante tenue de corsaire

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L’ouvrage du Mauricien Denis Piat intitulé « Pirates et Corsaires » décrypte codes et coutumes des écumeurs des mers. Des Caraïbes à l’océan Indien, découvrez comment les puissances coloniales ont lutté depuis le XVIIème siècle pour la maîtrise de la route des Indes et la mutation – si commode – de pirates en corsaires. 

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