Ouverte sur le monde, l’île Maurice accepte, sur son sol, des écoles appliquant d’autres systèmes pédagogiques que celui du service public. Les établissements d’enseignement directement rattachés aux autorités françaises, ou s’inspirant du système hexagonal, y sont d’ailleurs de plus en plus nombreux.

Il y a toujours eu, à Maurice, des initiatives privées visant à maintenir un enseignement francophone. En effet, la conquête de l’île par les Anglais, en 1810, s’est soldée par une proclamation formelle des autorités militaires britanniques reconnaissant aux colons français le droit de conserver leur langue. Se réclamant de cette liberté linguistique, des personnalités militantes ont toujours maintenu la tradition d’un enseignement francophone. Mais en 1953, l’ouverture du lycée La Bourdonnais, à Curepipe, a donné une nouvelle impulsion à l’instruction française à Maurice. Aujourd’hui, l’île représente l’un des plus importants réseaux d’établissements scolaires français dans la région, avec trois établissements conventionnés avec l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (l’AEFE) et deux établissements ayant signé un partenariat avec cet organisme. L’ensemble scolarise plus de cinq mille élèves!

A 13 ans, Morgane est assurée de passer en 3ème, au collège de l’Ecole du Nord, à la rentrée prochaine

 

Les Mauriciens plus représentés que les autres nationalités

Et s’il est vrai que la plupart des enfants d’expatriés sont inscrits dans ces écoles, collèges et lycées du réseau français, la majorité des élèves de ces établissements sont mauriciens! En 1974, l’Ecole du Nord s’implantait à Mapou. Elle comporte, aujourd’hui, des classes de pré-primaire, une école primaire et un collège. En 1991, l’Ecole du Centre ouvrait à Moka. Le Collège Pierre Poivre en est une émanation. Le lycée La Bourdonnais ne parvenant plus à absorber l’ensemble des collégiens, le lycée des Mascareignes sera créé en 2001, lui aussi à Moka. Enfin, en 2003, l’école primaire Paul et Virginie a ouvert ses portes à Tamarin.

Morgane a 13 ans. Ses parents sont divorcés et elle vit avec sa mère, Véronique, qui a choisi de lui faire suivre une scolarité française, à l’Ecole du Nord. « Je suis mauricienne et j’ai été boursière, ce qui m’a permis de faire mes études supérieures en France, rappelle Véronique. Je peux donc comparer les deux systèmes. J’ai d’énormes lacunes en histoire et géographie… car l’enseignement de ces matières à Maurice est complètement défaillant. Je ne voulais pas de cela pour ma fille. Et quand je vois l’ouverture au monde des enseignants de l’Ecole du Nord, qui incitent leurs élèves à débattre de tout, y compris de l’actualité la plus immédiate, je sais que j’ai fait le bon choix. J’ajouterais que les locaux et les équipements dont profitent les élèves des écoles françaises de Maurice sont exceptionnels! Je ne crois pas pouvoir trouver l’équivalent dans un collège mauricien… »

 

« La scolarité d’un collégien coûte plus cher que le salaire moyen »

Jacques, lui, est un expatrié français, et s’il a bien inscrit son fils dans un collège du réseau français, il tempère quelque peu cet enthousiasme: « le cadre dans lequel évoluent les élèves est excellent… pourtant, certaines choses me dérangent vraiment. D’abord, le niveau d’enseignement ne me paraît pas si remarquable qu’on veut bien le dire. Je sais bien que chaque génération a tendance à trouver que la suivante est constituée de cancres…mais les résultats au bac, par exemple, n’ont rien d’exceptionnels. Les coûts, eux, le sont! Il me parait particulièrement malsain que dans un pays, la scolarité d’un collégien coûte plus cher que le salaire moyen. Cela bloque toute mixité sociale. Pour dire les choses clairement, être élève du système français est ici synonyme de privilégié. C’est dommage, ce n’est pas l’image que je me fais de mon pays, ni de son école ! » Malgré les bourses, octroyées par l’ambassade, la « clientèle » des écoles françaises de Maurice reste effectivement peu représentative de la réalité mauricienne. Certains citoyens français n’ont d’ailleurs pas accès, pour leurs enfants, aux écoles du réseau français. Serge a beau être responsable de la sécurité incendie sur un important site industriel, il sait que ses revenus ne lui permettront pas d’inscrire ses enfants dans ces établissements : « mon salaire se situe un peu au-dessus du niveau fixé pour l’attribution des bourses…mais j’ai deux enfants avec mon épouse, qui en a, elle-même, d’un précédent mariage. Nous ne pourrons jamais nous permettre d’envoyer nos enfants dans une école française…et je connais de plus en plus de Français qui sont dans la même situation! » Effectivement, si les cadres mutés à Maurice par de grosses entreprises, les fonctionnaires et les coopérants n’ont aucune difficulté à inscrire leurs enfants à l’École du Nord ou dans l’un des deux lycées français, les expatriés individuels, ceux qui sont arrivés seuls à Maurice et y ont créé leur activité, souvent en créant des emplois pour les Mauriciens, sont parfois exclus du système.

 

Attribution des bourses : un système à deux étages

Si c’est auprès des autorités consulaires que doivent être retirés les dossiers de demande d’attribution des bourses de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE), c’est finalement une commission nationale, siégeant en France, qui tranche, en s’appuyant sur les dispositions du décret n° 91-833 du 30 août 1991. Or, cette commission nationale ne se prononce que sur les dossiers qui lui sont transmis. Une commission locale est donc chargée de veiller à la conformité des dossiers déposés, avant de les remettre à l’échelon national. Cette organisation à deux étages cause parfois des déperditions et les dossiers qui n’ont pas la chance d’accéder à l’échelon national se voient parfois rejeter sans que le motif du refus ne soit indiqué. Ce système conduit un certain nombre de ressortissants français à penser qu’ils ne sont pas éligibles et qu’il ne sert à rien de remplir un dossier administratif plutôt copieux.

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