Pierre Baissac, président de la Société des Sciences de l’île Maurice, biologiste marin de formation et se présentant comme écologue –  et non écologiste, un terme par trop galvaudé fait figure d’autorité dans l’île en matière d’aménagement des espaces en les reboisant d’espèces endémiques.

Le jardin intelligent selon lui doit tout simplement exclure les espèces exotiques en faveur des endémiques. « Savez-vous que la communauté internationale des écologues a décidé de rebaptiser espèces exotiques par espèces alien », interroge t-il en souriant. Un adjectif sensé inquiéter et amener à la prise de conscience sur les menaces que peuvent constituer pour l‘environnement naturel, les espèces introduites par l’homme. Baptisées pestes végétales, elles se trouvent partout où l’œil se pose. Le filaos des bords de mer ne permet qu’au chiendent bourrique de pousser à son pied, le tulipier du Gabon caractérisé par de magnifiques inflorescences orangées est pour Pierre Baissac une espèce alien très agressive car sa graine se propage très facilement, ou encore le champac à la fleur jaune très parfumée, introduit par les Indiens, les très décoratifs arbres du voyageur ou les goyaviers de Chine aux petits fruits acidulés très appréciés en font partie. Pierre Baissac a d’ailleurs fait partie d’un collectif associant l’architecte Nicolas Dalais et Jean-Pierre Delpérié quant aux ravages causés par les filaos sur le littoral de Flic en Flac et la nécessité d’en remplacer une majorité par des espèces endémiques.

 

Vulnérabilité des espèces exotiques

Il énonce également l’autre caractéristique des espèces exotiques qui porte sur leur grande vulnérabilité, « contrairement à nos espèces endémiques adaptées depuis des millénaires aux cyclones et aux grands vents » et évoque ceux de l’Île aux Aigrettes qui ne perdent pas leurs feuilles et sont très résistants ». Non adapté, peu résistant, exigeant de l’entretien et donc coûteux, sont pour le défenseur de la restauration des espaces en espèces endémiques la définition type des espèces exotiques, alors que la nature mauricienne regorge de solutions pour habiller intelligemment les jardins. Mais parce qu’il sont de plus en plus plus petits, au lieu des arbres, des buissons et des arbustes malléables et très faciles à travailler seront des solutions de végétalisation plus indiquées. Le bois clou qui culmine à 3 mètres est une espèce uti lisée à des fins de clôture, ou le bois cabri dont les feuilles présentent lorsqu’il est jeune, des valeurs olfactives extraordinaires et le bois de rat, un arbuste pouvant atteindre les 4,5 mètres est caractérisé par une inflorescence grappe à fleurs blanches qui lorsqu’elles « cuisent », finissent par sentir mauvais d’où son nom qui interpelle. De plus en plus, les projets de développement locaux intègrent désormais les éco-sytèmes endémiques qui identifient le territoire mauricien, une constante particulièrement associée à l’univers hôtelier car le voyageur cherche aussi cela.

 

Dans les jardins particuliers aussi

Pierre Baissac a ainsi été à la base entre autres, d’un projet de l’hôtel Trou aux biches où 10 000 plants ont été nécessaires pour recréer un environnement indigène au niveau de l’entrée, de même que l’écologue travaille actuellement sur le projet hôtelier de la Cambuse où 3 hectares de dunes sont en train d’être restaurées en forêt endémique. Il existe donc un engagement écologique propre à l’univers hôtelier qui ne peut qu’être favorable à leur image mais en même temps, dénote une part de responsabilité nationale. « Vous allez permettre le reboisement du pays et vous allez être une des sources, voilà ce que peut être la teneur du message que j’adresse à ces professionnels ». Car à la différence de La Réunion, dont 40% du territoire est resté vierge, il ne reste ici un peu moins de 2% du territoire occupés par la forêt endémique. Ces poches sont caractérisées par leur isolement les unes des autres et de ce fait la dispersion des plantes par le vent, les oiseaux, les chauves-souris est peu probable. Selon Pierre Baissac, la seule solution pour réhabiliter les espèces indigènes sur le territoire mauricien consiste à replanter, à végétaliser les espaces privés, les jardins des particuliers. « Il s’agit de mon impératif, car plus on plantera, plus on favorisera la dispersion naturelle des espèces ».

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